Lost in Beijing, un film de Li Yu censuré en Chine

Prostitution, viol, chantage, menaces, tels sont les raisons officielles pour lesquelles Lost in Beijing (苹果 – pingguo, la pomme, le nom de l’héroïne du film, interprété par Fan Bing Bing) a été banni des écrans chinois en 2008.

En réalité, l’histoire de ce film qui se déroule à Pékin touche de nombreux thèmes de la société actuelles et soulève de nombreuses interrogations existentielles. 

Du très bon dans ce film moultes fois sélectionné (Berlin et Tribecca en 2007)


Lien Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=itgJK5ZrCmQ

Synopsis :

PingGuo est l’une des meilleures masseuses d’un centre de massage de pieds réputé à Pékin, dirigé par Lin Dong (Tony Leung Ka-Fai). Tandis que PingGuo revient guère sobre d’une après-midi passée à picoler avec l’une de ses amies et collègue tout récemment virée de l’établissement, le directeur profite de son état d’ébriété pour la violer. Manque de chance, An Kun, le mari de PingGuo est témoin de la scène. Plus tard, le couple fera l’amour comme pour exorciser cette tromperie et quelques temps plus tard, PingGuo tombe enceinte. Un problème se pose, personne ne sait qui est le père. Résultat, les deux hommes vont trouver un accord -quelques gros sous mis à part- et parient sur l’identité du gosse : selon son groupe sanguin, le bébé peut revenir à l’un des deux hommes

Source : cinemasie.com (critique bien faite même si je ne suis pas entièrement d’accord avec son analyse)

Mise à part les scènes d’amour crues du début du film (et dont on comprend aisément qu’elles aient été censurées par le bureau de la censure), le film n’a de choquant que la dureté des vies étalées. Une sorte de conte moderne à la chinoise, où la dureté de la vie fait que l’on préfère vendre son enfant que de continuer à vivre dans la misère.

L’intérêt du film, outre sa très belle photographie de Pékin (même si l’on se demande parfois l’utilité de certaines scènes un peu longues) est de montrer d’une part les relations entre patrons et salariés dans un salon de massage (où, même s’il est très politiquement correct, car il ne s’agit que de pieds et de dos, on sent et comprend toute l’ambiguïté d’un tel endroit dans une Chine où massage rime avec prostitution) mais d’autre part, les interrogations d’un couple venu de la campagne sur la valeur de la vie et de l’argent.

Fan Bing Bing, que l’on avait vu dans La revanche de Sophie, est ici éblouissante. Plus que les autres personnages, c’est vraiment elle qui semble perdue. Entre l’amour pour son mari et le confort de vie que lui propose son patron (le père de l’enfant qu’elle porte ?), elle est ballotée et subit les événements tels qu’ils viennent.

Son mari, An Kun (joué par Tong Dawei), a comme garde fou l’attrait de l’argent, au dépend même de la moindre considération morale. On sent cependant que l’argent et ce qu’il y a autour le font s’interroger sur de nombreuses questions existentielles.

Sa condition de ming gong (ouvrier migrant) en tant que laveur de carreaux, face à celle du patron de sa femme, nouveau riche chinois, sont également une critique très forte de la Chine d’aujourd’hui. Pour laver l’affront du viol, le patron (interprété par Tony Leung Ka Fai)  doit payer une somme considérable, qu’il refuse de donner jusqu’à que An Kun lui dévoile que sa femme est enceinte.

L’impossibilité pour lui et sa femme d’avoir un enfant le fait totalement changer de regard sur ce couple, qui devient son sauveur (et lui permet d’avoir une descendance). En effet, il est persuadé d’être le père de l’enfant portée par PingGuo.

S’ensuit toute une relation à quatre (An Kun couche avec la femme du patron de son épouse), entre chantage, passion et règlements de compte où chacun est perdu dans des états solitaires.

La relation entre Wang Mei (jouée par Elaine Jin), l’épouse du patron, et PingGuo, rappelle les relations des concubines avec leurs servantes mais une sorte de diabolisme sous-jacent rampe et nous renvoie vers des oeuvres telles Les diaboliques.

Que va-t-il se passer ? Qui va nouer des alliances avec qui ? Comment vont finir ces personnages perdus dans une ville immense, où l’argent roi a remplacé les valeurs confucéennes traditionnelles ?

Bref,un film que je vous recommande, car tout à fait symbolique d’une Chine qui se perd….

Pour aller plus loin

Lire sur Wikipedia (en anglais)

3 réflexions au sujet de « Lost in Beijing, un film de Li Yu censuré en Chine »

  1. This movie is like a duck egg – it looks pretty ugly outside but the inside is a gem to eat. I can understand why the Chinese government censored it…the beginning of the movie is a lot to swallow at once. But the theme is quintissentially Chinese – it speaks of Chinese pragmatism which prevails against many existentialist questions. What do I do with a baby which isn’t mine? What if I have a jealous husband as well? I think we Chinese (well, not really me included) have the best realist answers to all these questions, as shown in the movie!

  2. 🙂 Le film est une excellente description du monde féodal dans lequel est enfoncée la Chine (actuelle?), bien plus encore que dans le capitalisme sauvage, l’un renforçant l’autre, loin de l’exclure.
    La femme perdue dans le film outre les autres personnages est la jeune fille réduite à la prostitution. Le tabou de la sexualité n’empêche aucun des milliers de bordels de Pékin de fleurir à tous les coins de rue.

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