Ma route de la soie

Rentré à Pékin depuis presque un mois, je vous prie de pardonnez mon retard dans la mise en ligne de mes photos du Xinjiang.

Comme je l’avais fait pour le Laos et le Cambodge, je vais dans un premier temps vous narrer mon périple, puis vous aurez le détail des lieux traversés dans des articles à venir…



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La véritable route de la soie partait de Mongolie, passait par Pékin, Xian, Lanzhou, puis remontait le Gansu vers l’Ouest à travers le corridor du Hexi, seule passe praticable au milieu des déserts. (voir ici des photos de Lanzhou).

Gansu

Mon périple a commencé à Dunhuang, au Nord Ouest du Gansu, petite ville provinciale aux portes du désert, mais surtout abritant les magnifiques grottes de Mogao (莫高窟 ; pinyin : mògāo kū, « grottes d’une hauteur inégalée»), où l’on ne peut (heureusement ou malheureusement) pas prendre de photos.

De Dunhuang, il faut environ 2 heures de bus pour s’y rendre, un guide est obligatoire car sur les 1 000 grottes découvertes, on ne peut en visiter qu’un dizaine à chaque visite (ouvertes par le guide, elles sont visitées de manière aléatoire, afin de les protéger)

Ces grottes constituaient des lieux de culte d’une grande importance, sur la route de la soie. Leur réalisation s’est étalée sur une longue période allant du IVe au XIVe siècle, avec un point culminant sous la dynastie des Tang, entre le VIIe et le Xe siècle. C’est d’ailleurs de cette époque que datent les plus belles grottes.

Au cours de l’année 1900, une petite grotte murée fut découverte de façon accidentelle ; elle s’avéra contenir plusieurs dizaines de milliers de documents, de statuettes et d’objets divers, souvent vieux de plus de 1 000 ans. Une grande partie de ces trésors culturels ont été achetés par les explorateurs occidentaux, en particulier Sir Aurel Stein et Paul Pelliot.

Plus d’infos sur Wikipédia

Même si l’on est au milieu d’un groupe de touristes Chinois (comprenez : bruits, photos, téléphone, casquettes rouges…) la visite vaut vraiment le coup, et le site, étant très fréquenté, a de nombreuses grottes ouvertes, il est donc assez facile de pénétrer dans une grotte destinée à un autre groupe. Des guides francophones de qualité sont disponibles.

Dans la même journée, il est ensuite possible de se rendre dans le désert, au sud de la ville (10min en taxi). Majestueux, il n’en est pas moins bousillé par le tourisme de masse, où tours en chameaux (maltraités), ULM, buggy, jeeps, toboggans, kite surf et autres activités le transforment en Disneyland des sables. Sans compter que sont loués à l’entrée des protections orange fluo contre la chaleur du sable.. Pathétique de voir tous ces touristes avec leurs bottillons fluo dans l’orangé du désert…

                                                                                   Dunes de Mingsha

Néanmoins, en marchant le long de la dune la plus importante (1 800 mètres de haut !!), on peut facilement se retrouver seul et profiter de la tranquillité du lieu et de la sérénité du silence.

Au milieu de ce désert, une oasis naturelle (le lac du Croissant de Lune), et une autre artificielle. La température est élevée, l’ascension est rude, nombreux sont les touristes qui croiront voir dans la réserve d’eau artificielle l’oasis naturelle….. (sans commentaire)

Plus d’info sur Dunhuang

Dans la soirée, départ pour la gare de Dunhuang, à plus de 200km au nord ! En effet, la gare est en réalité à Liyuan, ville qui n’existe que grâce à la gare. Mais une nouvelle gare immense est en construction à Dunhuang, que va alors devenir Liyuan?…

Après une ligne droite de trois heures dans le désert, j’arrive à Liyuan… et découvre que mon train a 6 heures de retard (départ prévu à 21h pour arriver le matin suivant à Turpan à 7h). qu’à cela ne tienne, je profite de ce retard pour découvrir la ville…

Rien, rien autour de la gare, que des maisons et des commerces en train de fermer. Je me pose alors devant une boutique, bois une bière et fume des HongHe, la marque locale, quand un policier s’approche de moi et commence à faire la conversation pendant 3 heures… Le temps est malgré tout long.

 La route de Dunhuang à Liyuan est une ligne droite dans le désert

Ayant passé ma journée dans le désert, et m’apprêtant à passer une nuit dans le train, je me dirige vers le seul sauna ouvert, où, pour 10 RMB (1 euro), je prends une bonne douche bien chaude. On me propose des filles, que je refuse (il faut savoir qu’en Chine les saunas sont des lieux de prostitution très courants). En sortant, je m’assieds manger des brochettes d’agneau, l’un des mets de rue les plus populaires en Chine, généralement laissés aux Ouïghours et Hui (Hans musulmans). 

Et là, je vis une scène hors du temps. Etant le seul Laowai, j’attire forcément les passants, qui discutent avec moi. D’abord des policiers, qui viennent prendre leur dîner, s’installent à la table d’à côté, puis une jeune fille, habillée comme une provinciale chic, se pose avec moi et commence à discuter quand déboule à toute vitesse une voiture dans l’allée. Immatriculée dans la province voisine du Qinhai (la Sibérie chinoise, regroupant la plupart des camps de travail de la Chine), elle freine brusquement, et deux passagers visiblement éméchés en sortent. L’un d’eux pose alors un billet de 100 RMB sur la table, devant la fille.

« Gou bu gou ? » « C’est assez ? » La fille s’offusque, commence à s’énerver, puis, sans demander son reste, s’en va.

L’homme venait simplement de lui proposer 10€ pour un acte sexuel. Se rendant alors compte qu’il y a les deux policiers, il leur offre des cigarettes, histoire de les amadouer (la cigarette possède un rôle social très important en Chine). Ceux-ci refusant, il demande au patron le prix de leur repas pour les inviter…

Après la prostitution, la corruption, sans compter la conduite en état d’ivresse… Les deux policiers refusent, voyant que l’homme est saoul et ne voulant pas lui tenir compagnie, mais ne pouvant pas rien faire.

Deux hommes immatriculés d’une autre province, se permettant autant d’infraction en face de policiers, sont forcément les protégés d’un plus puissant.. les toucher, c’est risquer sa carrière, à quoi bon ?

Xinjiang

Turpan

Arrivée en fin de matinée à Turpan – 吐魯番 ; pinyin : Tǔlǔfān ; ouïgour : تۇرپان (lire sur Wikipédia), la ville la plus chaude de Chine (des records de 60°C ont été enregistrés) a un air agréable où il semble qu’il y fait bon vivre.

En apparence, car suite aux émeutes opposant les Hans aux Ouïghours deux semaines auparavant, les tensions entre les deux ethnies sont perceptibles. Le taxi (Han) qui me dépose dans l’hôtel Ouïghour que j’ai choisi, ne comprend pas mon choix et me dit de me méfier. Pendant tout mon séjour à Turpan et dans les environs, chaque communauté me dira du mal de l’autre, sauf un jeune homme Hui (Han musulman) qui se trouve aujourd’hui le cul entre deux chaises…. 

Une famille en train de dîner sur un trottoir de Turpan

La ville est réputée pour ses raisins, sans pépins ! et pour ses sites historiques.

Si les Chinois Hans vont visiter les vignes, les Ouïghours vous le déconseillent, et ils ont raison car cela ne représente aucun intérêt, sauf peut-être pendant les vendanges. Mais venant de France, on sait ce qu’est un vignoble, et nul besoin de payer ce « parc » alors que toutes les routes aux alentours de Turpan en sont couvertes.

D’une manière générale dans le Xinjiang, préférez un guide Ouïghour, qui vous emmènera sur les sites originaux, et non dans les « copies » (entendez, le faux ancien) qu’affectione  tant la Chine d’aujourd’hui.

   Les ruines de Jiaohe, à visiter absolument

A l’Ouest, l’ancienne capitale du Xinjiang, Jiaohe (lire sur Wikipédia anglais), immense, émouvante quand on prend le temps d’aller jusqu’au bout du site. Sur la route du retour, un arrêt dans un karez permet de comprendre le système d’irrigation millénaire de la région.

Tout au long de la route, des contrôles fréquents de papier et du véhicule, pour garantir la sécurité des habitants… Mon guide parle très bien le mandarin, mais encore mieux l’anglais.

D’ailleurs, avant d’être écrit en caractères arabes, le ouïghour, qui n’a aucune origine sémique, était écrit en caractères latins. C’est dans les années 80 que Deng Xiaoping, qui considérait cette minorité avantagée dans son apprentissage de l’anglais par rapport aux Hans qui apprenaient les sinogrammes, a décidé de changer la façon d’écrire le ouïghour….

                                                                                          

                         Le minaret d’Emin

En revenant vers Turpan, arrêtez-vous au minaret d’Emin , dans la plus grande mosquée de la ville. Il fut construit de 1777 à 1778 par Emin Khoja, le souverain de Turfan. C’est une tour circulaire de 44 mètres de haut. Le palais de ce même Emin Khoja se trouve tout près de là.

Après une bonne nuit de sommeil à l’hôtel de Tulufan, dans un dortoir du sous sol à 2€ la nuit, sans clim, départ pour l’Est de la ville, à travers les Monts flamboyants pour un voyage de 4 heures à destination d’une ville sacrée de l’Islam, Touyougou.

                            Les Monts Flamboyants, à l’Est de Turpan

Ces montagnes de grès, qui réfléchissent une intense chaleur, sont célèbres en Chine

depuis qu’elles ont été décrites dans le fameux roman Le Voyage en Occident, racontant les aventures du moine bouddhiste Xuanzang et du Roi des Singes, Sun Wukong. Les courageux voyageurs essayèrent de traverser ce flamboiement, mais ne purent y arriver que grâce à une pluie magique. Hélas, Sun Wukong s’y brûla la queue, et c’est depuis ce temps-là, dit-on, que les singes ont le derrière rouge….

Après un parcours magique, au milieu de ces montagnes rouges, l’arrivée à Touyougou l’est également. Pour les musulmans, aller en pèlerinage 7 fois à Touyougou équivaut à une fois à La Mecque.

                                                                                  

                          La mosquée de Touyougou

Le village possède une entrée payante, ce qui augure d’une visite un peu trop touristique à mon g

oût… Qu’importe, le lieu est magique. Les maisons, bâties de terre séchée, s’étalent en terrasse le long de la montagne, et les habitants qu’on y croise semblent sortis du temps. Seul bémol, habitués aux nombreux touristes, il ne sont ni accueillants, ni aimables, et cherchent à vous arnaquer en vous vendant des raisins… ou en se laissant prendre en photo…

Sur le chemin retour, je demande au chauffeur pourquoi il préfère nous parler en anglais plutôt qu’en chinois « I know » me répondra-t-il. Puis, prenant bien soin d’enlever de son téléphone portable batterie et carte SIM (pour éviter d’être sur écoute) il me dit que les Hans envahissent jour après jour leur ville, considérant la minorité Ouïghour comme des moins que rien.. Remettant en route son téléphone, il prononce, bienfort et distinctement « I love China. Without China, we wouldn’t have so many roads and new facilities… » Le malaise est grand au Xinjiang..

Je laisse Turpan à regret, n’ayant pas eu le temps d’aller dans la dépression de Turpan, deuxième endroit le plus bas sur Terre après la Mère Morte (154 mètres en-dessous du niveau de la mer)

Urumqi

Le trajet à Urumqi se fait en bus, départ du centre de Turpan toutes les demies heures, une autoroute flambant neuve traverse les champs d’éolienne.

Le séjour sur place sera court, mon train (26 heures) pour Kashgar partant le lendemain midi. Je passe la soirée avec un ami Han, subventionné par l’Etat pour créer son entreprise immobilière. Le contraste avec les moments passés avec les Ouïghours est grand. Sont présents au dîner ses amis, l’un dans les assurances, l’autre avocat. On parle des tensions du mois dernier, des risques que je prends à me rendre seul à Kashgar, des quartiers à ne pas visiter, puis la soirée se termine dans un KTV (Karaoké), où chacun choisit une fille pour lui tenir compagnie.

Dans ces KTV, les filles sont des paysannes débarquées à la ville pour ramener un peu d’argent au foyer. Ce ne sont pas vraiment des centres de prostitution, même si les clients, après négociation avec les filles, peuvent, en fin de soirée, les ramener chez eux. Les filles n’ont comme seule rôle dans le KTV de faire boire le client, de chanter avec lui, et de lui donner confiance en lui.

Une heure du matin, mon ami paye la salle, les alcools, les plateaux de fruits, et les filles, 200 RMB chacune, puis me ramène à mon auberge de jeunesse.. Un bon moment même si je suis toujours mal à l’aise quand il s’agit de choisir une fille (plus d’une centaine de filles se présentent généralement aux clients)

Kashgar

喀什 ; pinyin : Kāshí ; ouïgour : قەشقەر / Qeşqer
(lire sur Wikipédia)

                                  Vieil homme Ouïghour vendant des Jiao Zi                                                                     

Un joyaux ! L’une des plus belles villes de Chine qu’il m’ait été donné de voir. A majorité Ouïghour, la ville de Kashgar regorge de merveilles, dont la vieille ville (en disparition, ou rénovation selon le point de vue…)

De nombreux articles suivront pour vous présenter en détail cette ville où l’on mange bien et pas cher, où rester une après midi à boire du thé sur la terrasse d’une maison de thé fait partie de la vie. Où les minorités kazakhes, khyrgistes, mongoles, xibes et tadjiks nous font nous évader en pleine Asie Centrale.

                      Le bonheur des marchés de nuit

Même l’heure n’est pas celle de Pékin. Enfin, officieusement, car officiellement, un pays, un parti, une heure commune, non sens, puisqu’il y a en réalité 3 heures d’écart avec Pékin ! (Attention donc quand vous avez des horaires de train ou de bus, notamment vers les pays limitrophes, qui, eux, ont un autre fuseau horaire)

En vrac à Kashgar,

La vieille ville, avec son bazar, ses odeurs, ses couleurs, ses bruits, les ânes et les moutons dans la rue, la mosquée

  En vente partout, ces petits pains salés sont l’aliment principal à Kashgar

Le marché aux animaux, où plus de 100 000 personnes se réunissent tous les dimanches pour vendre et acheter bœufs, vaches, chevaux, ânes, chameaux, chèvres.. On palpe, on négocie, on palabre, on fume, on mange des brochettes d’agneau au fromage de chèvre

                              On négocie dur !

      Les bêtes sont attachées les unes aux autres par le coup

                   On tord la queue de l’animal pour le faire monter

Le marché du dimanche(pas vraiment intéressant dans les halles, mais autour)

          Marchands de tapis perse, iraniens, Khyrgiskes

                Comme souvent en Chine, ce sont les grands parents qui s’occupent des enfants

                   Beaucoup d’enfants aux yeux clairs 



La route du Karakoram (vers le Pakistan)

       Khyrgisque sur le bord de la route du Karakoram

        Magnifique lac aux confins de la Chine


Le lac Karakul

       Chaîne de montagnes entre la Chine et le Khyrgistan

                   Yourtes au bord du lac

Bref, vous l’aurez compris, je suis tombé amoureux de cette région, et pas seulement parce qu’à Kashgar, tout le monde me prenait pour un des leurs, me parlant même en ouïghour….

8 réflexions au sujet de « Ma route de la soie »

  1. Merci pour ce joli texte et ces très belles photos, j’irai volontiers là-bas avec toi la prochaine fois ! 🙂

    Pour les cigarettes locales, il me semble que les Honghe viennent de la ville du même nom au Yunan, non ?

  2. superbes pages ! on prevoit avec des amis partir le 1er octobre au xinjiang, aura tu des conseils pour le transport (a partir de Pekin) ? on aimerait bien faire exactement le meme trajet que toi, a tu des contacts/hotels la bas ?
    merci !

  3. @Monsieurma, Thib, Pétri, merci des compliments !
    @ Petri : Oui, mais une usine les fabrique également dans le Gansu, c’est une usine qui produisait avant d’autres cigarettes locales

    @ Mathieu :
    Pour Dunhuang, tous les hôtels sont dans la même rue, et se valent, à toi de bien négocier.

    A mon avis, selon le temps dont tu dispose, le meilleur trajet est
    Pékin – Xian en train
    Xian – Tianshui en bus ou train
    Tianshui – Lanzhou
    Puis étape par étape vers l’Ouest en train de nuit ou en bus suivant les arrêts que tu fais

    Une fois dans le Xinjiang, ne prendre que les hôtels Ouïghours, au confort plus vétuste mais au charme conservé

  4. Charles, tes photos sont excellentes et cet article pousse furieusement au voyage…
    A bientot autour d’un verre de vin a Shanghai si tu passes…

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