Esclaves sexuelles, le commerce des femmes en Asie, de Louise Brown

sex_slaves.jpgPublié en anglais seulement, sous le titre Sex Slaves (sous titre : The trafficking of women in Asia) ce livre se veut avant tout sociologique plus que statistique.

D’emblée, Louise Brown, journaliste qui a sillonné l’Asie pendant des années pour son enquête, précise que les données statistiques en la matière étant, d’une part difficiles à obtenir, et d’autre part souvent erronées, se protégeant ainsi de ceux qui pourraient reprocher à son livre un manque de sources et d’informations.

L’intérêt de ce livre, notamment pour ceux qui vivent en Asie, est de comprendre un peu mieux ce qui nous pouvons voir un peu partout, mais surtout de mettre un terme aux idées reçues..

Grâce à différents chapitres (“Le marché”, “Les matières premières”, “Les agents”, “Les clients”, “Le management”, “La loi”, “Vie et mort”, and “La honte”), l’auteur aborde tous les détails de la prostitution en Asie.

Livre dur, car parsemé de témoignages de prostituées, et d’histoires déchirantes.

Un livre qui relate en effet d’abord les témoignages de dizaines de filles et femmes prostituées, forcées d’alimenter l’industrie du sexe si florissante en Asie, et encore davantage ces dernières années à l’heure de la mondialisation et de l’ultra-libéralisme. Si le livre donne enfin la parole aux femmes les plus silencieuses et les abusées du monde, il est également éloquent par le ton et la force de l’écriture qui apporte son lot de poids au message à transmettre. L’univers sordide des jeunes filles enlevées ou vendues dans leurs villages reculés, la vie dans les bordels, les coups des mamasan, l’hypocrisie des clients, les ravages du Sida et, toujours, les femmes humiliées et laissées à elles-mêmes, dans le désespoir souvent le plus total, toutes ces réalités sont ici évoquées, rappelées et redites encore, car se taire sur cette affaire est impensable – et impossible – dans un monde où tout désormais se sait, ou du moins pourrait se savoir si l’on prenait seulement la peine d’écouter les autres…  FM

L’auteur montre que bien souvent, notamment aux Philippines, la religion exerce une pression sur les filles telles que si elles perdent leur virginité, elles sont déshonorées et sont « forcées » de se prostituer car aucun mari ne voudra d’elle. Du coup, une fille, même de milieu modeste et pas nécessairement pauvre, pourra tomber dans la prostitution car rejetée par sa famille suite à un viol.

prostitution_asie__2_.jpgCrédit photo : Burn

Un autre objectif de cet ouvrage est celui, fondamental, de récuser quelques idées-reçues bien ancrées dans nos cervelles : l’industrie du sexe en Asie proviendrait essentiellement de la demande de touristes sexuels occidentaux… C’est ce que nous montrent sans arrêt les médias notamment sur les exemples philippin et thaïlandais. Si ces cas sont bien entendu évidents et même si le tourisme sexuel, tout comme la pédophilie, ne cessent aujourd’hui de progresser dans la région d’une manière absolument dramatique, et bien, nous assène à juste titre l’auteur, la majorité des clients de prostitués femmes ou enfants sont avant tout des hommes asiatiques. Cela n’absout en rien évidemment les abuseurs occidentaux des enfants et des filles asiatiques, mais cela permet de rétablir une vérité tragique, bien loin de la gestion de notre culpabilité judéo-chrétienne caractéristique du débat en Occident. Et Louise Brown a ici le mérite de démolir des pans entiers de ce qui est à la base des trop fameuses  » valeurs asiatiques « , tout en montrant au fil du livre que l’industrie du sexe est essentiellement le résultat d’une société intensément dominée par les hommes. FM

D’une manière générale, on se rend compte dans le livre que la prostitution que l’on peut voir dans les KTV ou bars à filles en Chine, les Gogo bars ou massages Thai… ne représentent que 10% de l’ensemble de la prostitution, et que les filles sont au « top » de la pyramide.

Non qu’elles soient particulièrement heureuses, mais elles n’ont souvent pas de mac, et sont « libres » de leurs choix, de leur clients tout au moins.

Cela créé même un énorme problème en Thailande, où autrefois, avoir une fille était un fardeau, car il fallait payer sa dot et la laisser quitter le foyer familial pour celui de son mari, quand aujourd’hui elle peut « faire le Sud » (ie. quitter le Nord de la Thailande, Chiang Mai par exemple, pour se rendre à Pattaya ou Phuket) et rapporter suffisamment d’argent à sa famille pour qu’elle puisse vivre sans travailler. A tel point que le ministre de l’agriculture avait émis des inquiétudes quant aux agriculteurs du Nord, qui préféraient envoyer leur fille au bordel plutôt que de cultiver les terres. De plus, la première génération de prostituées étant revenue au pays (généralement, une fille exerce ce métier pendant quelques années seulement puis revient dans sa région d’origine), elle envoie maintenant sa progéniture faire la même chose…

prostitution_asie.jpgUn exemple de  Go go bar..

Non, le vrai problème que montre le livre, c’est les 95% de prostitution clandestine.

Qui touche aussi bien les garçons que les filles (notamment en Inde et au Bengladesh).

Dont les clients sont asiatiques (surtout les Japonais, qui ont des agences de voyages sexuels avec pignon sur rue).

Qui n’est pas lié qu’à la pauvreté (L’exemple de cette jeune fille au Bengladesh, issue d’une famille aisée, dont la mère décédée, est remplacée par une horrible belle mère qui la maltraite en permanence, l’obligeant à fuir, et se retrouve obligée pour survivre de se vendre.. ou de ces jeunes gens issus de minorités, vendus par leur famille et « exportés » dans un pays limitrophe, ne parlant pas la langue, ne connaissant personne, enfermés dans des bordels qu’ils ne quitteront que lorsque les clients n’en voudront plus…)

Bref, un livre qui a ses défauts (peut être un peu trop « presse à scandale ») mais qui donne une bonne idée de ce qu’est la prostitution en Asie, et qui mettra terme aux nombreux commentaires de cet article certainement…

Une autre critique en anglais ici.

La préface en anglais du livre

The Asian sex trade is often assumed to cater predominantly to foreigners. Sex Slaves turns that belief on its head to show that while western sex tourists have played a vital part in the growth of the industry, the primary customers of Asia’s indentured sex workers and of its child prostitutes are overwhelmingly Asian men. Here are the voices of some of the world’s most silent and abused women—women who have been forced into prostitution by the men they trust. This is their story, including the journey from home to captivity, the horrors of « seasoning » for prostitution, and the hidden life within the brothel.

prostitution_asie__3_.jpg

4 réflexions au sujet de « Esclaves sexuelles, le commerce des femmes en Asie, de Louise Brown »

  1. Peut-être faudrait-il trouver et prouver qui sont les véritables et principaux clients de ces filles-là; après je crois que les sociétées concernées feraiient bien de remédier aux abus engendrés.

  2. tres juste ici une escort girl gagne 6000 E/ semaine au cambodge meme pas de quoi se nourrir ?, attention aux touristes NOVICES ?? .. / JEUNES ne pas confondre plaisir et amour NE SOYEZ PAS IDIOT / RUINE ? par compassion

  3. tres juste ici une escort girl gagne 6000 E/ semaine au cambodge meme pas de quoi se nourrir ?, attention aux touristes NOVICES ?? .. / JEUNES ne pas confondre plaisir et amour NE SOYEZ PAS IDIOT / RUINE ? par compassion

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