Kekexili : la patrouille sauvage, un film de Lu Chuan

Cela faisait bien longtemps que je nous avais livré ici les critiques de film que j’avais vus… La faute à mon travail qui me laisse moins de temps qu’auparavant..

Je me rattrape cette fois en vous en parlant d’un véritable chef d’oeuvre.

Dans les veines des films tels Blind Mountain ou encore Blind Shaft, on est ici presque dans le documentaire, grâce notamment au personnage de Ga Yu, le journaliste venu de Pékin pour découvrir ce qui se passe dans cette région perdue de Chine. Inspiré de faits réels, ce film, pourtant critique, a été autorisé par le gouvernement chinois qui a même fait de la région une réserve naturelle.

Un film bouleversant 
On est plongé dans toute la dureté de cette province chinoise oubliée, perdue entre Tibet, Xinjiang et Gansu. 
Apolitique, le film dépeint le combat perdu d’avance de quelques hommes idéalistes contre des braconniers d’Antilope du Tibet. 

Synopsis :

Chine, années 1990, hauts plateaux de l’Himalaya. Des braconniers déciment les antilopes, menaçant l’espèce, tuant ceux qui s’opposent à leur traffic. Un groupe d’autochtones tibétains, au chef charismatique, décide de mettre fin à leurs méfaits, bien que sans moyens et sans aide. Un journaliste vient de Pékin pour comprendre et rapporter ce qui se passe. A peine arrivé, l’occasion se présente à lui de suivre ces hommes résolus dans la traque des malfaiteurs, au milieu de paysages grandioses qui cachent mille dangers. 

Les premières scènes du film font un penser à un western américain, avec ses contre plongées, l’apparition de la fille du chef du village.. 

Mais, bientôt, quelque chose de bien plus fort que ces maniérismes s’impose. Le plumitif arrive au moment où la patrouille se lance à la poursuite d’une équipe de braconniers qui vient de tuer l’un des siens. Une fois quittée la petite ville, Kekexili, le film, devient comme possédé par Kekexili, l’endroit. Il n’est d’habitude pas meilleure manière de condamner un film que de faire remarquer qu’il montre de beaux paysages. Mais ici l’immensité désolée des plateaux, où règne un froid glacial, est aussi terrifiante qu’exaltante.

Thomas Satinel, Le Monde

Dans ce film où les dialogues sont rares, on est plongé dans la dureté des hauts plateaux tibétains, où le froid, la faim et le manque d’oxygène font des héros des fourmis infimes faces aux éléments. Ils poursuivent un idéal, protéger les antilopes tibétaines qui se font massacrer pour le commerce de leur laine, idéal qui ressemble vite à une chimère vouée à la mort. La mort est d’ailleurs ultra présente dans le film, mais elle se cache, la rendant encore plus oppressante. Certes, le film commence sur la mort d’un garde de la patrouille, mais de manière vicieuse, on ne la voit plus qu’au travers des carcasses d’antilopes, et on la devine aux conditions climatiques très dures.

  • Prix du meilleur film et de la meilleure photographie, ainsi que nominations aux prix du meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur acteur (Duobuji), lors du Golden Horse Film Festival (臺北金馬影展) de Taïwan en 2004.
  • Prix Spécial du Jury et nomination au Grand Prix de Tokyo, lors du Festival international du film de Tokyo 2004.
  • Prix Don Quichotte – Mention Spéciale, lors du Festival de Berlin 2005.
  • Nomination au Grand Prix du Jury, lors du Festival du film de Sundance 2005.
Ce film, sorti en 2004, est passé malheureusement trop inaperçu en France, où l’on préfère les films clichés du type 7 ans au Tibet (qui est une vraie daube..). Lu Chan, jeune réalisateur chinois (Han) né au Xinjiang (majorité de Ouïghours) signe ici son deuxième film. Il ne juge ni ne moralise. Il se contente de montrer. De manière forte, presque mystique, on est envoûté par cette course poursuite don quichottesque entre des hommes, non payés, qui risquent leur vie, et des paysans pauvres qui braconnent pour survivre au milieu d’un désert de glace, de neige et de froid..
Point de jugements dans ce film fort, les relations entre braconniers et patrouille sont celles d’hommes réduits à peu face aux éléments naturels.
On ne peut en vouloir à ces paysans braconniers qui doivent survivre comme ils peuvent.
Le journaliste de Pékin est en réalité le spectateur, qui change son point de vue sur le Tibet, et oublie tant que faire se peut ses préjugés.
Comment réagir à la violence contre la violence ? Qu’est ce qui est légal, moral ? ou ne l’est pas ?
Le réalisateur ne juge personne, il montre, durement, fermement, mais d’une manière incroyablement forte.
Peut on mourir pour son idéal ?
Peut on entraîner ses hommes à la mort à cause de son combat ?
Bref, un GRAND GRAND film

Il est nécessaire de comprendre que le film est bilingue: Chinois mandarin et tibétain. Ceci est renforcé par l’arrivée du journaliste qui non seulement est bilingue mais est moitié Han chinois et moitié tibétain. Kekexili peut se lire à plusieurs niveaux: le western avec la création d’une « posse » comme dans les films américains où les Tibétains s’organisent pour assurer une justice mais toujours dans un certain respect de la loi, l’environnement politique chinois oblige. Le deuxième niveau, où plutôt approche, car il n’y a pas de hiérarchie, est celui du dialogue à plusieurs visages: le journaliste urbain qui découvre un Tibet nouveau loin des images des médias, le métis tibétain / han qui se resource, les Tibétains qui s’organisent pour leur pays. Le film ne souffle mot sur la présence chinoise, aucun négatif ou positif à cet égard; seulement une vue qui montre la complexité du peuple tibétain. Ce film nous permet de rentrer dans la complexité d’un paysage culturel et politique tibétain qui n’est que très rarement traité par les médias

H. Leperlier

Le réalisateur Chuan Lu explique avoir du gagner la confiance des chef locaux pour tourner certaines scènes de Kekexili – la patrouille sauvage. « Une des difficultés s’est située au niveau relationnel avec les chefs locaux. C’est une région habitée par des tibétains et des musulmans où il est très difficile de pénétrer. Nous avons passé beaucoup de temps à gagner leur confiance et à obtenir la permission de filmer. »

L’antilope tibétaine est une espèce vivant principalement dans la zone inhabitée du plateau limitrophe des provinces du Xinjiang, de Qinghai et du Tibet. C’est un animal inscrit dans la « Convention sur le commerce international des dspèces animales et végétales sauvages en danger ». L’antilope tibétaine se répartit principalement dans la réserve naturelle du mont Alejin au Xinjiang, celle de Kekexili au Qinghai et celle de Qiangtang au Tibet. Ces trois réserves voisines couvrent une superficie totale de 600 000 kilomètres carrés. D’une population de plus d’un million de têtes dans les années 50, le nombre d’antilopes du Tibet est déscendu jusqu’à moins de 20 000 à cause de la détérioration de leur habitat naturel et surtout d’une chasse et d’un braconnage intensifs en raison de leur laine très prisée. Aujourd’hui, sa population augmente (43 000 selon les dernières estimations) et l’antilope du Tibet a été l’une des mascottes des Jeux Olympiques de Pékin en 2008.

5 réflexions au sujet de « Kekexili : la patrouille sauvage, un film de Lu Chuan »

  1. J’ai vu ce film il y a 2 ans et j’avais adoré. L’histoire est passionante et les décors époustouflants.
    — Woods

  2. 2 autres films pour connaitre mieux les provinces reculées de la chine : le mariage de Tuya et les larme de madame Wang ( dans le guizhou)

  3. Je suis tombe sur ce film a la mediatheque de ma ville- je me suis jete dessus evidemment. J’ai beaucoup aime, bien sur surtout la photo, mais aussi le fait que le film n’est pas trop unilateral (meme le « heros a faute en vendant des peaux). Question: est-ce que les poils d’antilope sont utilises dans la fabrication des pashmina indiennes?

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