Minorités, cette Chine qu’on ne saurait voir

La maison d’édition Choiseul publie depuis plusieurs années une revue mi publique mi universitaire, Le Monde chinois.

Au sommaire de ce 21ème numéro, les minorités ethniques de Chine. Leila Chérif-Chebbi m’a fait l’honneur de choisir certaines de mes photos sur les Hui, cette minorité très présente en Chine dont on ne sait finalement que peu de chose. Je vous propose ici un extrait de son article, très instructif.

Une minorité occupe une place à part dans la farandole colorée des affiches de la propagande révolutionnaire sur les minorités nationales, la Hui ou Huizu (nationalité Hui). Cette « nationalité » minzu, de 10 millions de membres, dont la très grande majorité parle la langue chinoise dans les dialectes des différentes régions, vit dans la très méridionale Sanya dans l’île de Hainan ou dans la glacée Harbin en Mandchourie et prospère tant à Qingdao au Shandong que dans l’extrême occidentale Lhassa au Tibet. Elle apparaît définie bien plus par sa religion musulmane que par ses traits ethniques, bien plus par sa culture chinoise que par son altérité. Les Hui, par leur voisinage, leur imbrication avec les Han, interpellent ces derniers sur leur propre identité et l’image qu’ils véhiculent de l’autre.

Une origine étrangère qui fonde l’ethnicité : des étrangers en Chine devenus turbulents sujets de l’empire

Les légendes et l’historiographie décrivent les Hui comme descendants de marchands musulmans, Perses ou Arabes, venus par la route maritime dès le 7ème siècle, installés dans les ports de la Chine méridionale ouverts aux étrangers, Canton, Quanzhou, Fuzhou. Ils ont également voyagé par la route terrestre et ont fait souche à Chang’an (Xi’an), la capitale des Tang (618-907). La venue en nombre de musulmans, a été conduite par les conquérants mongols de la Chine, les Yuan (1279-1368), qui ont déplacé des populations entières d’Asie centrale. Ces migrants furent fonctionnaires, certains à des postes éminents, savants, artisans ou soldats. Leur statut de vassaux administrant les Chinois pour les maîtres mongols a d’ailleurs valu aux Hui un mépris tenace. Ce discours sur les origines étrangères élude le phénomène, inévitable et vraisemblablement important, des conversions, c’est-à-dire la forte éventualité pour les Hui d’avoir des ancêtres Chinois Han. Il marque ainsi l’altérité raciale des populations Hui. 

Deux générations, Lanzhou

Sous la dynastie chinoise des Ming (1368-1644), les Hui sont devenus une minorité autochtone. De citoyens étrangers bénéficiant de l’extraterritorialité, ils se sont changés en sujets de l’Empire. Les Ming ont pratiqué l’assimilation, avec édiction de l’obligation de prendre des patronymes chinois et de pratiquer l’exogamie. Sous la dynastie mandchoue des Qing (1645-1911), la sévérité s’est accentuée. Les Hui, souvent victimes d’injustices de la part des pouvoirs locaux, ont été traités avec une extrême sévérité. Rébellions locales et même révoltes de grande ampleur ont secoué les régions de forte population musulmane entre le 17ème et le 19ème siècles, au Nord-Ouest (1648, 1781, 1784, 1860-1884, 1895) ou au Yunnan (1856-1873). Elles ont fait des millions de victimes et dépeuplé des régions entières de leur population Hui. Au Shaanxi ils formaient quelque 12% de la population au 19ème siècle avant la révolte de 1862-1863, pour n’être plus aujourd’hui que 0,4. 

Néanmoins, les Hui ont été plus généralement fidèles sujets de l’Empire. Souvent engagés dans la carrière militaire, ils ont également contribué à mater les révoltes musulmanes, illustrant le dicton « contrôler les Hui par les Hui » yi Hui zhi Hui. Certains ont acquis le statut de héros nationaux, comme le conquérant en  1274 puis administrateur de la province du Yunnan pour le compte des Yuan, Sayyid ‘Ajall Shams al-Din, ou l’amiral de la flotte chinoise, l’eunuque Zheng He (1371-1433), qui dirigea sept extraordinaires expéditions maritimes à travers l’Océan Indien jusque vers les côtes de l’Arabie et Zanzibar. 

La grande mosquée Xiguan à Lanzhou

La constitution d’une minzu Hui : de la République nationaliste (1911-1949) à la République populaire

Avec l’affaiblissement puis la disparition de l’Empire en 1911, « les seigneurs de guerre de la famille Ma » Majia junfa, anciens commandants de l’armée impériale et leurs descendants, conquirent et administrèrent dans le Nord-Ouest les territoires du Ningxia, d’une partie du Gansu du Qinghai et épisodiquement du Xinjiang. Autocratiques et sanguinaires, ils s’opposèrent aux Communistes installés à Yan’an (Shaanxi) depuis 1935, mais furent crédités (souvent par des historiens Hui) de s’être opposés aux avancées japonaises à travers la Mongolie et d’avoir gardé les territoires tibétains de l’Amdo (Gansu et Qinghai) sous souveraineté chinoise. Ils furent alliés à Tchang Kai-chek qui comptait un chef d’état-major Hui, Bai Chongxi (1893-1966) ainsi que de nombreux Hui parmi ses fidèles soutiens. D’autres ont soutenu les communistes, ou se sont ralliés à eux sur la fin de la guerre civile, tous animés par un patriotisme indéfectible. Les Hui n’ont jamais, hormis peut-être aux moments les plus forts des rébellions, embrassé d’idées indépendantistes, car ils n’ont pas de territoire où exercer une hégémonie et développer une culture propre, ceci à la différence des peuples centrasiatiques comme les Ouïghours. En dépit du partage de la même religion, au Xinjiang, Hui et Ouïghours se mélangent peu et fréquentent des mosquées différentes. Les Hui y sont considérés par les Ouïghours comme migrants sur leur terre au même titre que les Han.

Mère et fille tenant un hôtel

Leila Chérif-Chebbi, « les Hui », Monde chinois, N°21 printemps 2010

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Voir d’autres photos de minorité sur Pictures Of China


Voici le sommaire de ce numéro :

Minorités, cette Chine qu’on ne saurait voir

  • Marie-Claire Kuo Chine multinationale et pluri-culturelle
  • Su Zhe-zhong Visite chez les Miao du Guizhou
  • Christian Hirou, Marie-Claire Kuo Au pays des Drung (Dulong)
  • Marie-Dominique Even Modes d’assimilation et de sinisation de la Mongolie-Intérieure
  • Wang Gang Monologue intérieur d’un photographe au pays des Yi
  • Jean Loh « Yi in the Wild » du photographe Wang Gang
  • Emmanuel Lincot Carnets ouïghours de Chine
  • Thierry Kellner L’évolution de la situation des Ouïgours au Xinjiang/Turkestan oriental depuis 1949
  • Leila Chérif-Chebbi Les Hui
  • Christophe Falin Tian Zhuangzhuang, les frontières du cinéma chinois
  • Jean Loh Les Dongbei Ren de Wang Fuchun
  • Matthew Akester, Katia Buffetrille Tibet : économie et société sous le régime communiste
  • Wang Gang Les Tibétains
  • Zhaoyi Wang Xibe : à la recherche d’une identité perdue
  • Skaya Siku Existe-t-il des aborigènes à Taiwan ?

6 réflexions au sujet de « Minorités, cette Chine qu’on ne saurait voir »

  1. Bonjour,

    la famille Ma dont il est question, est originaire du Nord du Vietnam actuel : le Tonkin.

    Un des premiers généraux de cette famille a été l’unificateur du Guangxi et plusieurs temples luis sont dédiés en tant que protecteur de la région.

    Ses descendants se sont éparpillés un peu partout en Chine, ce qui explique que l’on en trouve à travers tous le pays.

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